La protection du patrimoine urbain, bâti et intérieurs

La maison de la culture de Bourges ou la folle équation

La fin d’un poumon vert et d’un symbole ? Document « Luttes Séraucourt »

Le 28 janvier dernier, la préfète du Cher avait invité à la préfecture de Bourges les membres délégués des différentes associations et Sociétés réunies dans un collectif qui s’est donné le nom de Luttes Séraucourt (du nom de l’esplanade où se trouve la Maison de la Culture historique, celle qui fut inaugurée par de Gaulle et Malraux). A cette réunion, la SPPEF était représentée par son délégué départemental. La Préfète était entourée des responsables régionaux des Services concernés de l’Etat.

Une fois encore (voir notre précédent article), le collectif a demandé les raisons de l’abandon du site historique actuel pour implanter un nouveau bâtiment dans un autre lieu, espace paysager qui sera de ce fait amputé… En effet, le maire précédent avait prémédité de  déclasser ce site, encore il y a peu considéré par le PLU comme « espace boisé remarquable ». Le maire actuel a voulu passer (en force !) à l’étape suivante, celle de l’abattage du tiers de ces arbres pour consacrer l’irréparable :  y construire une « MCB 2 ».

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Ensemble paysager au milieu de la ville, approprié par les Berruyers depuis deux siècles menacé de disparition partielle (1/3 de son étendue). Photo Jean-François Le Mouel / SPPEF

Nous permettra-t-on d’affirmer avec les Luttes Séraucourt qu’il suffisait :
- de ne pas toucher à ce patrimoine vivant que sont les « pentes » ou jardins de Séraucourt, parc paysager très fréquenté par les Berruyers de toutes générations confondues ;
- de procéder à la réhabilitation des éléments protégés de la MCB : la façade Art Déco, le hall et les salles deux ailes qui lui sont adjacentes, d’une spatialité exceptionnelle ;
- de reconstruire en m² neufs les parties non protégées de la Maison de la culture, en profitant de cette opportunité pour mettre en valeur les vestiges archéologiques existants.

Cette Maison de la culture historique qu’on délaisse, ce parc paysager qu’on raye de la carte, sont l’un et l’autre autant un symbole qu’une réalité vivante, tous deux méprisés et bafoués. Ces deux décisions conduisent au projet neuf qui, s’il voyait le jour, grèverait lourdement le budget communal déjà fragilisé. Tout ceci a fait naître, spontanément, une opposition franche d’un très grand nombre des Berruyers dont, précisément, Luttes Séraucourt – totalement apolitique – est le porte-parole. Ainsi, rassemblé par les analyses convergentes des citoyens qui le composent, le collectif est porteur des 7800 signatures de la pétition, qui peut notamment être signée en ligne. Elle manifeste l’opposition des signataires au projet du maire de Bourges et de sa MCB².

Partie du site retenu pour la construction d’une « Maison de la culture du XXIe siècle », après abandon non concerté du site historique. Photo Jean-François Le Mouel / SPPEF

Non seulement parce que ce projet acte l’abandon du site historique sans l’intégrer dans la programmation financière du projet culturel justement contesté, mais encore parce qu’il fait fi du classement du fronton de la Maison historique désormais menacé de ruine (fissures récentes) alors qu’il est inscrit au titre des Monuments Historiques. De plus, l’implantation d’une nouvelle bâtisse en lieu et place d’un lieu très apprécié sonne le glas d’une appropriation gratuite et consensuelle de l’espace, d’une vision achevée du rapport de la Culture à la Nature dont Bourges pourrait s’enorgueillir.

Au demeurant, la prétendue « Maison de la culture du XXIe siècle » est d’une esthétique plus que discutable, évoquant plutôt un temple consumériste aux grandes baies vitrées et, partant, suspectée d’être très énergivore. De plus, l’architecte lauréat est contraint de « braquer » son projet, s’obligeant à mettre les gradins de la grande salle non pas dans le  sens de la pente du terrain, mais à 90%, tant le terrain choisi est inapproprié car trop étroit.

Chacun des 82 arbres menacés a reçu la protection d’un parrain. Photo Jean-François Le Mouel / SPPEF

Enfin, la nouvelle construction serait située en co-visibilités de deux monuments inscrits au titres de monuments historiques dont le Château d’eau du Second Empire concluant la perspective boisée précédemment mentionnée et… la propre façade Art Déco du site historique. Sans mentionner – last but not least – la proximité de la très célèbre cathédrale de Bourges classée au Patrimoine mondial depuis 1992. Or, précisément, dans son rapport de conjoncture du 17/12/2014, l’UNESCO propose le renforcement - par son élargissement dès 2015 – de la zone tampon (cf. UNESCO – Rapport périodique du deuxième cycle – Chapitres 4.1.5 et 5.2). Une proposition prémonitoire ? Un coup de semonce ?

Lancinantes reviennent ces questions, en premier lieu desquelles les raisons jamais clairement données de l’abandon du site historique… Pourquoi cet entêtement sur le nouveau site ? A Bourges, tout se passe comme si on avait fait l’Opéra Bastille en abandonnant l’Opéra Garnier ! Non, ce ne sont plus des maladresses, ce sont des erreurs. Osons l’affirmer, d’un point de vue de l’esprit des lois patrimoniales, des fautes !

Suivant cette réunion à la préfecture, les membres du Collectif ont constaté dans leur communiqué de presse « que les représentants de l’Etat masquent par des justifications a posteriori, mais sans les nier, les contre-vérités et carences du dossier conduit par le maire précédent :
- Non-respect de la réglementation concernant les fouilles archéologiques ;
- Sur-estimation de leur coût ;
Prétendu risque de perte du label national, etc. 
[…] La décision du maire actuel de poursuivre la nouvelle construction, aura des conséquences multiples et durables sur la vie de la cité. Les représentants locaux de l’Etat en partageront la responsabilité aux yeux des citoyens » et de conclure leur communiqué de presse : « En conséquence, nous maintenons notre demande d’une Inspection générale ».

Est-ce donc trop demander ? N’y a-t-il pas là une sage requête ?

Jean-François Le Mouel, délégué de la SPPEF pour le Cher
Odile Jusserand-Boitier, architecte du patrimoine

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Document : « Luttes Séraucourt »
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