La protection des domaines nationaux

Demande de protection du pavillon de chasse royal de Fausses Reposes (Hauts-de-Seine) vendu par France Domaine

La SPPEF a déposé une demande de protection au titre des monuments historiques du pavillon de chasse de Fausses-Reposes situé sur la commune de Ville-d’Avray.

Rappelons d’abord que l’ONF aujourd’hui propriétaire du bâtiment, l’a mis en vente comme d’autres pavillons de chasse royaux : celui de la Muette – déjà vendu – et celui du Butard. La SPPEF combat la cession de ces édifices qui font partie intégrante de notre histoire. C’est le cas du pavillon de Fausses-Reposes destiné aux chasses royales, construit par Ange-Jacques Gabriel et encore bien conservé. Ses caractéristiques ont motivé notre demande de protection, d’autant que des nombreux pavillons de chasse royaux de l’ouest parisien construits sous l’Ancien Régime, peu subsistent.

Au XVIIIe siècle

La forêt de Fausses-Reposes au sein de laquelle s’élève le bâtiment, était sous l’Ancien Régime rattaché au domaine de Versailles voisin. Elle était aménagée pour la chasse comme en témoignent les allées en étoile qui la sillonnent sur le plan dit des Chasses impériales.

Carte topographique des environs de Versailles dite des Chasses Impériales, levée et dressée de 1764 à 1773
Carte des chasses du Roi – Fin du XVIIIe siècle

Le pavillon est édifié pour les chasses royales en 1755 par Ange-Jacques Gabriel, premier architecte de Louis XV. Un plan en élévation datant de cette époque nous montre un bâtiment de forme rectangulaire avec des bossages d’angle qui comporte trois ouvertures en façade, celle du centre est une porte-fenêtre précédée d’un emmarchement. Le couvrement est assuré par une toiture en croupe.

Ange-Jacques Gabriel (1698-1782), pavillon de Fausses Reposes, élévation, 1755, AN O1 1871

Même si, par exemple, l’agrafe au-dessus de la porte est aujourd’hui absente, le bâtiment a conservé  son aspect général.

PavillonFR

L’édifice est bien différent des pavillons du Butard ou de la Muette au plan élaboré qui sont plus vastes, plus décorés et s’apparentent à des ermitages (Cf Marguerite Roy Le Butard et la Muette : deux pavillons de chasse d’Ange-Jacques Gabriel pour Louis XV). Il est proche par son format du pavillon de Marcoussis édifié en 1774 par Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794) pour Louis XV, qui est classé au titre des monuments historiques depuis 1968 (voir ici). 

Pavillon chasse de Marcoussis, édifié en 1774 par Perronet pour Louis XV

Sous la Restauration

Après les turbulences révolutionnaires, l’édifice retrouve sous la Restauration sa vocation cynégétique comme en témoignent des documents conservés aux Archives Nationales.

Un plan de 1817 d’Alexandre Dufour, architecte du château de Versailles nous montre les différentes pièces du rez-de-chaussée et les aménagements projetés. Le bâtiment en appentis à l’arrière qui sert d’écurie et la pièce à gauche de l’entrée dite salle des princes ne sont pas touchés par les travaux. Ces derniers concernent la grande salle qui est découpée en un vestibule équipé d’un poêle et une cuisine à droite où nous voyons une cheminée et un four dans l’angle à droite ainsi qu’un potager à cinq feux (dispositif utilisé pour des cuissons à feu doux) devant la fenêtre. Un escalier permet de monter à l’entresol où doit se trouver le logement du gardien. Derrière le vestibule, un passage permet de gagner les écuries. 

plan1817Mod

Pour la décoration intérieure, une correspondance de 1817 mentionne quatorze tableaux attribués au pavillon. En 1819, l’ensemble est complété de quatre tableaux de Desportes. Selon une autre lettre, l’humidité des lieux pose d’ailleurs des problèmes pour la conservation des toiles.

En 1821, des meubles sont installés à demeure dans le pavillon – précédemment ils étaient « extraits momentanément » du Trianon pour le temps de la chasse. Le plus intéressant est un ensemble retiré de chez Monsieur aux Tuileries pour cause de vétusté. Composé d’un canapé, huit fauteuils, huit chaises et deux tabourets, il est recouvert d’une tapisserie de Beauvais. 

Ces différents documents montrent bien que, sous la Restauration, les membres de la famille royale continuent à fréquenter les lieux. Nous imaginons sans peine les princes et leurs proches dans la grande salle décorée de ses tableaux de chasse tandis que d’autres chasseurs se réchauffent dans l’entrée autour du poêle alors que l’on s’apprête à servir une collation.  

La cession par l’ONF et la demande de protection

Parmi les « maisons forestières mises en vente en Île-de-France » par France Domaine, celle de Fausses Reposes

Ancienne propriété royale, bâti par un architecte majeur du XVIIIe siècle, ce pavillon toujours utilisé sous la Restauration doit être protégé d’autant que la vente prévue par l’ONF fait planer une menace sur son intégrité. 

Pavillon de Fausses Reposes en janvier 2017

On peut s’étonner de ce que la cession du pavillon de Fausses Reposes (en même temps que le terrain voisin destiné à être urbanisé), voulue par l’ONF et réalisée par France Domaine, n’ait été précédée d’aucune protection au titre des monuments historiques ni même d’examen de sa valeur patrimoniale. C’est à cette carence que Sites & Monuments tente de remédier en saisissant la DRAC Île-de-France d’une demande de protection.

Pavillon de Fausses Reposes en janvier 2017

François Béchade

Lire l’article Ville-d’Avray : le Grand Paris contre la nature et l’histoire

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