La sauvegarde du patrimoine mobilier

Remeubler le château de La Roche-Guyon (Val-d’Oise), c’est possible, mais le veut-on (suite 1 : le bureau du grand salon) ?

Vue aérienne du site du château de La Roche-Guyon (Val-d’Oise). Photo DR

On se souvient de l’absence d’acquisition, en mai 2016, d’une paire de fauteuils commandés pour le château, couverts d’un rare tapis de la savonnerie à fond jaune (voir ici). Vers 1900, ceux-ci étaient présentés dans le petit salon du château.

Grand salon du château de La Roche-Guyon vers 1900-1920 (Gustave Lemaire photographe). Emplacement du bureau matérialisé en rouge. Photo base mémoire réf. AP67L01816

Une nouvelle occasion de remeubler ce château insigne se présente aujourd’hui puisque le bureau autrefois présenté dans son grand salon, nouvellement attribué à Bernard Van Riesen Burg 1er, va subir le feu des enchères le 15 novembre 2017 (vente Fraysse, lot 133).

Ce meuble, conçu vers 1724 pour François VIII, 4e duc de La Rochefoucauld (1663-1728), puis modifié dans son piétement vers 1740, a heureusement été classé au titre des monuments historiques le 10 avril 1945 (voir ici). C’est muni de ce statut, suivant l’objet « en quelques mains qu’il passe » (voir ici), que le bureau, dit autrefois « de Louvois », a pour la première fois quitté le château de La Roche-Guyon, en même temps que l’ensemble de son mobilier et de ses livres, lors d’une vente du 7 décembre 1987 (Sotheby’s Monaco, lot 120).

Le bureau avant restauration. Vente Sotheby’s Monaco du 7 décembre 1987, lot 120

Ce meuble classé ne peut par conséquent quitter le territoire français (voir ici) – ce qui permet aujourd’hui d’espérer son retour à La Roche-Guyon - et aurait dû être restauré par des professionnels agréés, sur autorisation de la DRAC d’Île-de-France et sous son contrôle scientifique et technique (voir ici et ici).

D’après nos premières investigations, il ne semble pas que cette procédure ait été suivie, le meuble n’ayant malheureusement pas été traité avec la prudence nécessaire (voir photo avant / après ci-dessous)…

Bureau La Roche-Guyon avant restauration Sites & Monuments SPPEF
Le bureau avant restauration. Vente Sotheby’s Monaco du 7 décembre 1987, lot 120

Bureau La Roche-Guyon après restauration Sites & Monuments SPPEF
Le bureau après restauration. Vente Fraysse du 15 novembre 2017, lot 133

Souhaitons évidemment que ce bureau – tout comme les meubles qui l’accompagnaient – retrouve son environnement premier et soit définitivement soustrait à toute restauration aléatoire. L’Etat, la région Île-de-France et le département du Val-d’Oise pourraient s’associer dans ce but, méthode ayant permis le retour des fameuses tapisseries du grand salon (vente Lagerfeld, Christie’s, 28 avril 2000, lot 50). 

Grand salon du château de La Roche-Guyon vers 1900-1920 (Gustave Lemaire photographe). Emplacement du bureau matérialisé en rouge. Photo base mémoire réf. AP67L01802

L’attractivité du château de La Roche-Guyon n’en serait que grandie, tout comme l’émerveillement des visiteurs fréquentant cette autre « maison des siècles ».

Il convient évidemment – dans l’intérêt bien senti de notre économie - que des dispersions comparables ne se reproduisent plus. Nous proposons, à cette fin, l’adoption rapide d’une série de modifications législatives, en particulier fiscales (voir ici).

Julien Lacaze, vice-président de Sites & Monuments

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Le bureau après restauration (détail). Vente Fraysse

PS : les enchères n’ayant pas dépassé l’estimation basse fixée par le vendeur à 350 000 euros, le bureau de La Roche-Guyon a été « ravalé ». Celui-ci pourra faire l’objet d’une vente de gré à gré ou retourner dans le garde-meuble dans lequel il est conservé depuis 2004.

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