L'esthétique de Paris

Paris : sauvons les arbres de l’îlot Navarre

Cour arborée de l’îlot Navarre (Paris 5e arr.), menacée par un projet de construction

A l’heure où tout le monde parle de biodiversité et de préservation de l’écosystème, et où la Mairie de Paris, comme le gouvernement, les partis politiques et les associations renouvellent publiquement les déclarations d’intentions et les projets qui iraient dans ce sens, il est plutôt paradoxal que se multiplient les permis de construire destructeurs d’espaces verts et d’arbres plus que centenaires.

Les architectes du XIXe siècle, dans la ré-urbanisation de Paris, ont su aménager de grands espaces verts au cœur de la capitale : des parcs (Monceau, Montsouris, Buttes-Chaumont), des jardins nouveaux comme le Trocadéro, ou réaménagés comme le Jardin des Plantes et le Jardin d’Acclimatation ; les Bois de Vincennes et Bois de Boulogne avec leurs lacs, les cimetières de Montparnasse et du Père-Lachaise, aux belles allées ombragées, les larges avenues bordées de marronniers, etc…

Le Paris que nous connaissons est héritier de ces grands travaux, et les immeubles haussmanniens, à l’instar des hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles, se sont construits autour de cours et de jardins, tandis que les écoles, les couvents, les musées, préservaient des arbres et des oasis de verdure en plein cœur de la ville.

Or la densification à outrance et la privatisation de certains espaces verts (une partie du Bois de Boulogne) mettent actuellement en péril l’environnement des Parisiens, de façon plus ou moins visible. Si de grands travaux publics entrepris au nom du bien commun (tramways, gares, stades) menacent parfois des arbres très anciens, on s’aperçoit moins des constructions privées qui s’opèrent à l’intérieur des ilots et sont autorisées au détriment du bien-être de quartiers et de riverains ainsi privés de végétation.

C’est ce qui arrive rue de Navarre (rue située dans un périmètre de protection des monuments historiques, entre les Arènes de Lutèce et le Jardin des Plantes), dans un ensemble d’immeubles haussmanniens de 1890 dont les cours intérieures sont un havre de paix pour tout le voisinage.

jardin intérieur - Copie
Cœur de l’îlot Navarre (Paris, 5e arr.) avec, en rouge, la hauteur de la construction projetée

Un promoteur immobilier, mandataire d’un grand nombre de sociétés immobilières, a ainsi racheté la totalité de l’immeuble du 7 rue de Navarre avec sa cour-jardin et ses arbres. Ledit promoteur a obtenu le 18 février 2016 un permis pour y construire une maison individuelle moderne très élevée (12,60m). Par sa hauteur (4 niveaux), sa surface et son emplacement, une telle construction est complètement disproportionnée par rapport à l’espace qu’elle prétend occuper. Un bâtiment aussi démesuré causerait des nuisances évidentes aux immeubles voisins, dont certains sont très proches, privant de vue, de soleil, de verdure, de nombreux habitants, et occasionnant des désagréments sonores. Car cette cour-jardin, entourée d’immeubles, est une caisse de résonance, ce qui jusqu’à présent fait son charme, puisqu’elle résonne du chant des oiseaux et du bruissement des feuillages.

Mais le projet suppose la diminution d’une grande partie de l’espace vert existant, et qui pis est, la destruction de trois arbres magnifiques qui atteignent presque le faîte des immeubles : un érable, un robinier faux acacia et un orme (voir ici). Entre les Arènes de Lutèce et le Jardin des Plantes, ces arbres sont une halte et un refuge pour les oiseaux (merles, pies, geais, mésanges, moineaux…) qui y passent ou y nichent. Ce lieu préservé, à côté de l’Observatoire pour la biodiversité (ancienne Maison des Oiseaux), est d’ailleurs considéré par les services de l’urbanisme comme « un secteur de mise en valeur du végétal », ce qui rend l’octroi du permis de construire encore plus incompréhensible.

Erable de l’îlot Navarre (Paris, 5e arr.) menacé par un projet de construction

Ce n’est certes pas le projet de toit « végétalisé » ni la plantation de deux nouveaux arbres à faible développement qui compenseraient la disparition presque totale du jardin actuel et la destruction de ses arbres plus que centenaires. Neuf immeubles voisins qui donnent sur cette cour (plus de 250 résidents !), risquent d’être affectés par ce projet de construction catastrophique qui représenterait une véritable nuisance et constituerait une aberration écologique autant qu’architecturale à l’heure où l’on prétend préserver l’écosystème et le patrimoine. Etonnamment, tous les recours en justice tentés par les copropriétaires du voisinage ont été rejetés, et une procédure d’appel soumise au Conseil d’Etat (en application d’un texte supprimant un degrés de juridiction en zone dite « tendue »).

Mais nous ne nous laisserons pas abattre ! La maire du 5e arrondissement, Florence Berthout, qui est venue sur place le 31 mars 2016, a clairement exprimé son opposition à ce permis de construire inique. Les riverains des rues de Navarre et Lacépède, se sont regroupés en association « Sauvons les arbres de l’îlot Navarre » et sont bien décidés à ne pas laisser détruire leur environnement, ni abattre leurs arbres ni bétonner ce jardin enchanteur. Un tel scandale immobilier, qui nuit à des centaines d’habitants pour le seul bénéfice d’un promoteur doit être dénoncé.
Halte à l’abattage des arbres et à la bétonisation de Paris.

Association Sauvons les Arbres de l’Îlot Navarre

Nous comptons sur vous pour signer la pétition en ligne sur le site Change.org, intitulée « Sauvons les arbres de l’îlot Navarre » :

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