Energies nouvelles et patrimoine

Éoliennes : de la colline de Vézelay à l’abbaye cistercienne de Fontenay, en passant par Ancy-le-Franc…

Soixante kilomètres séparent ces deux sites inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Ils se situent au sud de l’Yonne et au nord de la Côte d’Or. C’est pourtant ce terrain de jeu qu’ont choisi de grands opérateurs internationaux, pour faire surgir, parfois en forêt, d’immenses parcs éoliens.

Au total, comme l’indique la carte ci-dessous, 211 éoliennes sont, soit autorisées, soit en instruction et à l’étude.

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On peut se demander pourquoi un tel acharnement sur une région assez peu ventée et riche d’un patrimoine historique et architectural remarquable sans parler du patrimoine forestier.

La raison en est simple : les communes, qui sont les points d’entrée des opérateurs, sont à la recherche de ressources, alors même que l’Etat diminue ses dotations envers ces collectivités.

Ajoutons que le changement des règles de rachat de l’électricité d’origine éolienne conduit les opérateurs à donner dans la démesure : dans un des projets concernés, les machines culmineraient en pointe de pale à 242 mètres, soit 30 mètres de plus que la tour Maine Montparnasse. Selon le promoteur lui-même elles seraient visibles à 30 km à la ronde.

Trois projets sont particulièrement emblématiques de l’atteinte aux richesses patrimoniales de la région :

Celui de Villiers-les-Hauts, celui porté par quatre communes Aisy-sur-Armançon, Cry- sur-Armançon, Perrigny-sur-Armançon, Nuits-sur-Armançon et le projet des communes de Ravières et de Jully.

Le projet de la commune de Villiers-les-Hauts

Il s’agirait d’ériger six éoliennes, dont cinq en forêt communale, d’une hauteur en pointe de pale de 200m. De l’aveu même de l’opérateur ABOWIND, ces éoliennes seraient visibles du magnifique château Renaissance d’Ancy-le-Franc, dont un article du Figaro du 12 septembre intitulé « la sublime renaissance du château d’Ancy-le-Franc avait souligné l’essor de la fréquentation touristique passée en quinze ans de 10 000 à 37 000 visiteurs.

Le château d’Ancy-le-Franc et son parc

Conscient de cette co-visibilité, l’opérateur précise dans son projet : « le château d’Ancy-le-Franc est fermé à la visite quatre mois de l’année, période pendant laquelle les vues vers le projet éolien sont susceptibles d’être plus importantes que lorsque les arbres portent des feuilles. De plus, il n’y a pas de balcon invitant à la contemplation depuis le premier étage [sic !]»

Parterre sud du château d’Ancy-le-Franc et sa folie XVIIIe siècle

Le dossier a été déposé auprès de la Préfecture le 20 octobre 2017. Il faut espérer que les services compétents préserveront, dans leurs décisions, ce monument exceptionnel.

Le projet porté par les quatre communes des Hauts de l’Armançon

Ce projet se caractérise, d’une part, par sa démesure : plus de 20 éoliennes – de 242 mètres de haut - soit actuellement les plus hautes de France… triste record.

D’autre part, elles se situeraient essentiellement dans les forêts communales affectant durablement les paysages environnants.

Ce dossier conçu par la société WPD n’a pas encore été déposé à la Préfecture de l’Yonne, mais les plus grandes inquiétudes existent sur son impact visuel, affectant l’ensemble de la région.

Il faut rappeler qu’un autre projet à proximité, porté par la commune de Saint-Rémy, est annoncé par l’opérateur lui-même, comme étant visible des Forges de Buffon, de la Tour de l’Aubépin de Montbard, du village remarquable de Flavigny-sur-Ozerain et du site d’Alésia !

Le projet porté par les communes de Ravières et Jully

Au départ, il s’agissait d’implanter 21 éoliennes d’une hauteur de 200 mètres de haut.

L’opérateur, la société EPURON, indique dans le dossier remis à la Préfecture le 6 juin 2018 « sur les 148 monuments historiques recensés dans les aires d’étude, seuls 22 monuments présentent une visibilité ou co-visibilité potentielle avec la zone d’implantation du projet dont huit dans l’aire d’étude rapprochée [sic !]. Le monument historique le plus proche est l’église de Ravières située à moins d’un kilomètre ».

Précisons que l’Eglise Saint Pantaléon de Ravières date des XIIe-XVe siècle, est inscrite à l’ISMH depuis 1913 et possède un exceptionnel portail Renaissance.

En particulier, ce projet impacterait le domaine du château de Nuits-sur-Armançon.

Le château de Nuits-sur-Armançon

Onze, des vingt et une éoliennes projetées par EPURON, viennent d’être rejetées par l’administration préfectorale en raison de l’existence d’une zone de survol militaire à basse altitude (inférieure à 150 m).

Il faut espérer que l’autorité préfectorale sera tout aussi vigilante sur les conséquences patrimoniales de ce projet.

Le canal de Bourgogne à Ancy-le-Franc

Une association, bénéficiant de l’appui de Sites & Monuments et forte de près de 200 membres, s’est constituée – l’Association Paysages et Forêts de l’Armançon (APFA). Ses membres mènent un travail d’information et de sensibilisation des habitants des communes concernées, ces projets étant finalisés dans une certaine opacité.

Jean-Yves Nicolas, vice-président de l’APFA, association adhérente de Sites & Monuments

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