La conservation du second oeuvre ancienLa préservation de l'architecture du XXe siècle

Inquiétudes pour le jardin botanique et les décors de la villa Les Cèdres de Saint-Jean-Cap-Ferrat

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Le devenir des grandes villas des XIXe et XXe siècles édifiées sur la côte d’Azur est un sujet de préoccupation croissant. Attirant la convoitise des plus importantes fortunes mondiales, mais également objets patrimoniaux, chaque mutation affectant ces propriétés suscite des inquiétudes légitimes. C’est le cas aujourd’hui, après la villa Santo Sospir décorée par Cocteau (voir ici), de la villa Les Cèdres sur la fameuse presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Exclusive: The Most Expensive House On Earth Villa Les Cèdres intérieur
Villa Les Cèdres intérieur Villa Les Cèdres, chambre

Cette villa, dont les bases remontent au second tiers du XIXe siècle, a été acquise en 1904 par Léopold II (1835-1909), roi des Belges, pour y installer sa maîtresse âgée de 23 ans, Caroline Delacroix, future baronne de Vaughan.

Léopold II (1835-1909), roi des Belges, qui fit édifier et décorer la villa Les Cèdres

Il confia en 1905 la transformation et l’extension du bâtiment à l’architecte Aaron Messiah (1858-1940), natif de Nice. Celui-ci, qui avait conçu en 1898 la villa Masséna sur la promenade des Anglais pour le prince d’Essling, fut bientôt sollicité en 1907 pour édifier dans la presqu’île, sur un terrain tout proche, la villa Ephrussi pour la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild.

Villa extérieurs

En 1924, Alexandre Marnier-Lapostolle, qui commercialisait la liqueur « Grand Marnier », acheta la villa, qui fut enrichie dans les années 1930, sous la houlette de son fils Julien, membre du Museum d’Histoire naturelle, d’un des plus extraordinaire jardin botanique privé du monde, vaste de 14 ha et comportant 25 serres chauffées et au total 16 000 espèces de plantes (contre 7000 espèces pour les différents sites du Museum national d’histoire naturelle, voir ici). 

Villa 1900

La villa Les Cèdres fut cédée en 1976 par la famille à la Société des Produits Marnier-Lapostolle, avant d’entrer, à la suite d’une opération de bourse, dans le giron du groupe Campari-Cinzano en juin 2016. Cette société n’a pas fait mystère de son intention de se défaire rapidement de la villa, qui serait estimée autour de 350 millions d’euros (voir ici). 

Boiseries mises en vente provenant de la villa Les Cèdres (détail d’une figure de samourai). Photo Marc Maison.

Boiseries mises en vente provenant de la villa Les Cèdres. Photo Marc Maison.

Le domaine Des Cèdres a été recensée en 1999 dans le cadre de l’Inventaire général du patrimoine culturel (voir ici), mais ne fait l’objet d’aucune protection de ses intérieurs pourtant fort riches. C’est pourquoi l’apparition, le 9 janvier 2019, d’une boiserie à décor de chinoiseries « provenant de la Villa Les Cèdres, anciennement Villa Les Oiseaux, résidence du roi Léopold II à Saint-Jean-Cap-Ferrat » sur le blog (voir ici) et sur le site Internet (voir ici) d’un marchand spécialisé inquiète, sans que sa date de démontage ne soit indiquée.

Boiseries mises en vente provenant de la villa Les Cèdres (détail). Photo Marc Maison.

Boiseries mises en vente provenant de la villa Les Cèdres (détail d’une figure chinoise). Photo Marc Maison.

Ces panneaux, élaborés en aulne sculpté et peints dans un style Louis XV néo-asiatique exacerbé, sont a replacer dans le contexte créatif de la Côte d’Azur des années 1900 et à rapprocher des décors foisonnants de la villa Ephrussi toute proche. Ils sont pleins de charme et d’intérêt et mériteraient d’être protégé in situ avec les autres décors de la villa.

La Société nationale d’horticulture de France (voir ici) et l’Association des amis du jardin botanique « Les Cèdres » (voir ici) expriment, pour leur part, une vive inquiétude quant au devenir de ce trésor de la botanique.

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Ceci nous conforte dans l’idée que la protection du patrimoine ne peut être envisagée que globalement, en unissant nature, architecture et éléments de décor significatifs. S’inspirer de la protection monument historique complète, bâti, décors et jardins, dont bénéficient aujourd’hui les villas Ephrussi (voir ici) ou Santo Sospir (voir ici), permettrait de garantir que la cession prochaine de l’ancienne demeure du roi des Belges soit pleinement respectueuse de l’intérêt public.

Julien Lacaze, vice-président de Sites & Monuments

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Mise à jour au 15 janvier :
Enquête en cours des services de l’Etat : les boiseries Louis XV néo-asiatiques n’appartiendraient pas à la villa Les Cèdres et n’y auraient jamais été installées ! À suivre… Une protection des jardins et des décors subsistants au titre des MH n’en est pas moins évidemment nécessaire.

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