Energies nouvelles et patrimoine

Parc éolien géant en forêt de Lanouée (Morbihan) : la Cour d’Appel reviendra-t-elle sur l’annulation du projet ?

Au cœur de la forêt de Lanouée, parc éolien en cours d’aménagement annulé par la justice. Photo Lionel Le Saux / Le Mensuel du Morbihan (voir ici)

Si les conclusions du rapporteur public sont suivies par la Cour d’appel de Nantes, les plaies béantes de la forêt ne se refermeront pas dans la commune Forges de Lanouée (Morbihan).

On n’oubliera pas que le 7 juillet 2017, le juge de Rennes sauvait la forêt de Lanouée du désastre écologique en cours (voir ici), suivant ainsi le juge des référés (voir ici). Les arrêtés du préfet du Morbihan étaient annulés. Les mâts des 16 ou 17 éoliennes dont de nombreux socles étaient déjà coulés et ferraillés, dans le second plus grand massif breton, Zone Naturelle d’Intérêt Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type 2, réservoir de biodiversité dans le Schéma Régional de Cohérence Écologique (SRCE), ne se dresseraient pas au-dessus de la canopée.

Hélas, on se souviendra aussi du 11 septembre 2017 : Nicolas Hulot, ministre de l’Écologie, interjetait appel du jugement du tribunal administratif de Rennes, aux côtés de la société pétitionnaire « Les moulins du Lohan ».

Si la justice penche cette fois pour le sacrifice de la forêt, le ministère de l’Écologie portera pour longtemps le poids de ses ambigüités. Comment expliquer aux communes rurales en plein désarroi que l’État a pris le parti de la destruction de la nature ?

Car personne n’est dupe de l’efficacité énergétique de ces installations. L’intérêt est ailleurs. Le malaise s’est accru autour des ventes et reventes de la forêt et du projet éolien ainsi que de l’implication de l’État. En 2007, le groupe Louis Dreyfus achète le massif forestier, bénéficiant de généreuses mesures de défiscalisation. La carte communale a très opportunément omis le zonage « espaces boisés classés ». Un projet éolien de 51 MW pour 16 à 17 machines de 186 m de haut est autorisé en 2014, malgré les avis défavorables des services de l’État. En septembre 2016, le groupe canadien Boralex annonce l’achat de la forêt et du projet prêt à construire pour 97 millions d’euros. Après l’annulation des autorisations, la Caisse des Dépôts et Consignations, banque publique, s’en empare.

Connaissant l’engagement à nos côtés de requérants modestes et courageux, forts d’une connaissance vraie de la nature et qui ont tout fait pour leur forêt, nous savons que l’annulation du jugement de Rennes causerait dans nos communes rurales une déception grave et profonde.

Mais la Cour peut encore en décider autrement. La forêt retient son souffle.

Anne-Marie Robic, déléguée de Sites & Monuments pour le Morbihan

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