La protection du patrimoine urbain, bâti et intérieurs

Le site inscrit de Beaudéan menacé (Hautes-Pyrénées) : peut-on faire entendre la voix de la raison ?

Village des Hautes-Pyrénées proche de Bagnères-de-Bigorre, situé sur la route des cols d’Aspin et du Tourmalet, Beaudéan est connu pour abriter la maison natale de Dominique-Jean Larrey, célèbre chirurgien en chef de la Grande Armée, père de la médecine d’urgence, qui reçut de Napoléon un éloge resté fameux : « l’homme le plus vertueux que je connaisse ».

Un paysage remarquable, fleuron de la Bigorre

L’église Saint-Martin de Beaudéan dans son paysage (la zone concernée par le projet est indiquée par une flèche). Photo Denis Dta, 2010

Beaudéan abrite, entre autres édifices remarquables, l’église Saint-Martin, attestée depuis le XIe siècle, classée Monument Historique en 1989 (voir ici), récemment restaurée avec grand soin. Elle marque le paysage de sa silhouette monumentale et de son clocher d’ardoises encadré de quatre clochetons. L’église est entourée d’un cimetière-enclos du XVIe siècle, exceptionnel par sa géographie montagnarde, ceint par un mur de pierres qui épouse la pente et s’ouvre par deux portes monumentales conservées dans leur situation d’origine, ce qui constitue une rareté. L’ensemble est intégré, avec la butte champêtre du Buala qui lui sert d’écrin, dans le périmètre d’un Site Inscrit deux fois, en 1947 puis de nouveau en 1977 (voir ici

Paysage pittoresque dont la valeur patrimoniale est indiscutable, maintes fois représenté par les peintres et les photographes, il doit être impérativement conservé dans son état actuel pour, comme le précise la loi du 25 février 1943, article 13 ter, « préserver l’impression que procure un monument classé, qui est indissociable de l’espace qui l’entoure ».

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Le plan masse de l’église et son enclos en 1927. Photo Inventaire général Région Occitanie
Mur d’enclos du cimetière bordant la route (menacé de destruction) et porte d’entrée monumentale côté sud-est. Photo Martine Pécondon 2019
Mur de pierres de l’enclos côté sud-est incluant des blocs architecturaux de remploi en partie basse menacé de destruction. Photo Martine Pécondon 2019
La première butte du Buala menacée d’arasement. Photo Martine Pécondon 2019

Un projet d’extension de cimetière particulièrement… routier

L’actuel projet d’extension du cimetière prévu par la mairie menace de détruire cette harmonie exceptionnelle qui procède d’une complémentarité étroite entre l’édifice et son paysage. Précisons que le marché de maîtrise d’œuvre a été conclu en septembre 2015 et que le projet est resté confidentiel… jusqu’au 5 janvier 2019, date à laquelle il a été dévoilé lors d’une réunion provoquée à la demande de quelques habitants inquiets. Au départ prévu avec une enveloppe de 180 000 € HT il s’élève maintenant à 410 000 € HT. Les aménagements funéraires ont-ils donc tant augmenté en trois ans ? Probablement pas, mais le projet cache en réalité une greffe routière très coûteuse, et parfaitement inutile.

Destruction du mur de pierres de l’enclos, arasement de la première butte du Buala, étalement de bitume et de béton, construction d’un mur de soutènement s’élevant à certains endroits à plus de trois mètres de hauteur… que penser de ce projet brutal qui défigure un paysage créé par l’homme sur plusieurs siècles et ne semble utile qu’aux entreprises de travaux publics qui en bénéficieront ?

Le projet prévoit un alignement de caveaux sans respect du sens des tombes existantes et un passage intérieur de 4 m de large accessible aux véhicules : autant d’éléments qui marquent une rupture brutale avec l’existant et qui sont incompatibles avec le caractère du site.

Repensons un projet raisonnable et adapté aux besoins réels

Le cimetière de Beaudéan a évolué au fil des siècles dans la tradition du cimetière « terre commune ». Il contient aujourd’hui plusieurs tombes qui reflètent l’histoire de la communauté et qu’il importe de conserver, avec les seuls exemples de stèles discoïdales dans les Hautes-Pyrénées, l’une probablement du XVIIIe siècle, l’autre qui est la tombe la plus ancienne conservée (« Anastasie Gertous décédée le 19 janvier 1832 »). Les autres tombes historiques les plus notables sont celles des parents de Dominique-Jean Larrey : sa sœur Geneviève, décédée le 15 mars 1840, et son neveu Jean-Marie Lisan-Larrey, le 7 juin 1854.

Vue de l’intérieur du cimetière. Photo Martine Pécondon 2019

En 2017 un inventaire précis du cimetière a été établi, faisant état de plusieurs dizaines d’emplacements libérés : l’utilisation traditionnelle du cimetière peut donc se poursuivre. Si quelques familles désirent une sépulture plus monumentale à l’emprise plus vaste, dont l’impact physique est par conséquent beaucoup plus important que celui des tombes traditionnelles, la création d’un nouveau cimetière s’impose. Devant être finement intégré au paysage, il peut être réalisé à l’extérieur ou à l’intérieur du Site Inscrit : la question reste ouverte. Sans nécessiter de travaux routiers superfétatoires, un projet établi sur ce principe ne provoquerait aucune destruction et serait, de ce fait, beaucoup moins coûteux et beaucoup plus respectueux de l’existant.

Restons vigilants ensemble et ne laissons pas ce site admirable disparaître irréversiblement sous l’action des bulldozers !

Sophie Descat, déléguée de Sites & Monuments pour les Hautes-Pyrénées

Rapport historique sur le cimetière de l’église Saint-Martin de Beaudéan

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