Assemblée générale pour l’année 2018. Rapport moral et discours d’Alexandre Gady

A l’occasion de notre assemblée générale pour l’année 2018, tenue le 24 mai 2019, notre Président, Alexandre Gady, a donné lecture du rapport moral ci-dessous et a prononcé le discours suivant. Nous vous proposons de les découvrir.

Chers adhérents, Chers amis,

C’est avec une grande joie que nous retrouvons, une nouvelle fois, réunis autour de notre société, désormais appelée « Sites et Monuments » : malgré son grand âge (118 ans), elle paraît plus jeune que jamais, et surtout plus active, comme le rapport qui vous sera présenté tout à l’heure par notre secrétaire général le montre avec éclat. Pour ma part, je voudrais vous exposer rapidement quelques éléments de réflexion sur notre travail collectif, et revenir sur l’année 2018, qui a été aussi riche que dense.

Il convient d’abord de souligner le travail exceptionnel du bureau, qui a trouvé son équilibre et sa forme la plus aboutie depuis longtemps : avec un nouveau trésorier, Mme Brigitte Hélaine, avec un secrétaire-général adjoint, François Béchade, qui est au siège quotidiennement, notre travail a été plus efficace, et une grande complicité nous a permis de traverser quelques épreuves. Je tiens à les remercier très sincèrement de tout leur travail, comme je tiens à remercier Julien Lacaze, notre vice-président, et Jérôme Ferchaud, notre secrétaire général. Personne ne s’est ménagé.

Outre les activités normales, il a fallu en effet gérer une crise liée provoquée par notre ancienne secrétaire, Mme Farideh Rava, qui a commis une grave faute en avril, faute qui a provoqué la rupture unilatérale de notre lien avec l’expert-comptable. Cette situation a mis au jour des erreurs et problèmes divers, trop longtemps masqués par le caractère très difficile de Mme Rava. Après plusieurs refus d’obéir à ses supérieurs et de poursuivre ses missions, elle a donc été licenciée pour faute grave en décembre. Cette rupture a donné lieu à une contestation, et une conciliation est prévue aux Prud’hommes le 29 mai prochain. Après trois mois, nous avons pu engager en avril dernier une nouvelle secrétaire administrative, Anne-Gaëlle, qui sera dorénavant le visage de l’association : je la remercie de son engagement déjà si efficace à nos côtés.

Pour l’instant, malgré une charge de travail conséquente, nous n’avons pu l’engager qu’à mi-temps, ce que je regrette évidemment. Mais nos finances, que j’espérais voir enfin à l’équilibre – une situation inédite depuis que je suis membre de l’association, en 1995 -, ne sont hélas pas encore assainies complètement, et notre trésorière vous présentera tout à l’heure notre bilan 2018. Nous avons stoppé l’hémorragie d’adhésions, qui remontent même, nous tachons de réduire toujours plus nos charges (ainsi, la lettre papier va être abandonnée, vu son coût, au profit des communications dématérialisées), et nous améliorons actuellement l’attractivité de notre site internet, d’une grande riche et que vous regardez souvent, j’imagine. Mais le modèle économique de notre association tend à changer, et plus que les adhésions, ce sont désormais les dons dédiés et mécénat qui nous aident fortement : je tiens ici à remercier tous ceux qui contribuent, à la hauteur de leur moyen, à notre action.

Nos réformes se sont poursuivies, avec le recrutement de nouveaux délégués, départementaux et régionaux que je remercie de leur engagement : grâce à l’action de Christine Adrien, notre carte de France se remplit, notre travail sur le terrain se met en mouvement et en réseau de manière plus efficace. C’est un aspect fondamental de notre redressement. De la même façon, notre conseil s’est renforcé et nous vous demandons tout à l’heure de ratifier une cooptation. Enfin, nos nouveaux statuts sont prêts et vous seront soumis tout à l’heure pour ratification. C’est une réforme importante pour nous permettre de nous adapter et d’être toujours plus efficace.

Notre action a été, l’an passé, très dynamique. Avec l’ordre des architectes et de nombreux autres partenaires, nous avons bataillé jusqu’au bout contre la funeste loi Elan, qui a montré le véritable visage du gouvernement en matière de lois et de règles de protection : un visage moins sympathique que le beau sourire du président, et que les récentes palinodies sur Notre-Dame ont confirmé, tout comme l’attaque par décret sur les sites classés en cours : le nouveau monde n’aime pas vraiment le patrimoine. Le sauvetage du château de Villers-Cotterêts, acté, comme l’organisation du Loto de Stéphane Bern, un de nos amis et fidèles adhérents, semblaient indiquer le contraire. A tort. Nous avons soutenu ce loto, sans cependant oublier qu’il ne rapporte guère et vaut surtout par l’aura médiatique qu’il a apportée sur nos sujets. Nous continuons donc de considérer que l’Etat doit prendre ses responsabilités et opérer une hausse réelle des crédits du patrimoine, aujourd’hui à peine de 320 millions annuels, tandis que de véritables réformes, comme celle de l’augmentation légère de la taxe de séjour sur les nuitées, au grand potentiel, devraient être mise en place une fois pour toutes.

Nos critiques ont également visé plus directement la ministre de la Culture d’alors, dont on se souvient à peine six mois plus tard, Mme Françoise Nyssen. Gravement mise en cause par la presse pour des travaux illégaux exécutés à Arles, puis à Paris, dans un hôtel particulier protégé au titre des MH, elle a fait l’objet d’un soutien scandaleux du gouvernement. L’annonce de notre volonté de déposer une plainte au pénal a provoqué l’ouverture d’une enquête du procureur de Paris, qui a précipité sa chute après une semaine. Certains ont été choqué que nous allions si loin : mais comment exercer la police du patrimoine quand on est soi-même un délinquant ? Et un récidiviste, dont les pratiques douteuses font système ? Impossible, et c’est cette contradiction que notre action médiatique a résolue. Cette action, par ailleurs très médiatique, est d’autant plus importante que, de l’avis de tous les experts, la résistance aux lois de protection est de plus en plus forte, la volonté de s’en affranchir toujours plus audacieuse. Sur le plan pédagogique, il faut donc poursuivre ce type d’action, car la loi doit être la même pour tous. C’est dans cet esprit, vous l’imaginez bien, que nous avons également lutté depuis un mois contre la funeste loi d’exception taillée sur mesure pour Notre-Dame, et dans laquelle le gouvernement souhaite déroger aux règles communes, en particulier celles du patrimoine. Le Sénat, devenu depuis 2017 le dernier rempart d’un parlementarisme malade, a supprimé l’article litigieux, saluons-le.

Parmi nos nombreuses actions en justice, qui font notre marque de fabrique et contribue tant à notre rayonnement médiatique, les aérogénérateurs industriels polluants, dit éoliennes, demeurent, comme vous l’imaginez, au cœur de nos combats, hélas de plus en plus difficiles à remporter. La folie éolienne est d’ailleurs relancée par l’actuel gouvernement, alors même que partout, le système commence à craquer et qu’apparaissent, enfin, des moratoires que nous réclamons depuis dix ans. Il est difficile d’avoir eu raison avant tout le monde, certes, mais il ne faut pas relâcher notre pression, au moment où va s’ouvrir une grande concertation. On a vu les résultats récents de ce genre de défouloir collectif, qu’affectionne le gouvernement pour mieux avancer ses propres solutions et ne pas gêner les lobbys. Il faudra pourtant y participer et avancer nos idées, puisque la secrétaire d’Etat, qui nous a reçu avec nos amis de la FED et Vent de colère durant une heure et demi, récemment, ne semble pas comprendre que cette énergie propre est un leurre et fabrique surtout de l’argent.

Enfin, nous avons poursuivi notre défense du patrimoine du XXe siècle, si menacé, tant dans l’affaire des Tours nuage de Nanterre que pour un édifice emblématique de cet héritage, la maison du Peuple de Clichy, classé MH pour lequel le ministère semble pourtant prêt à relâcher la garde au profit d’un promoteur. Malgré nos interventions jusqu’au cabinet du ministre, nous avons ici mesuré combien le ministère de la Culture est devenu faible et sans volonté. Le remplacement, tant attendu, du directeur du Patrimoine en place depuis 2012, qui était par paradoxe un ennemi du patrimoine, par un énarque sans relief et sans poids, n’arrange pas les choses et nous renforce donc dans notre rôle.

Nos succès et notre capacité à combattre le vandalisme sous toutes ses formes, ne doivent pas nous empêcher de réfléchir également à une stratégie plus globale. Le paysage du monde associatif a changé en quelques années, ce qui mérite de s’interroger sur son efficacité, sa visibilité également. Comme vous le savez, le « G-8 » n’existe plus, et les grandes organisations nationales ont repris leur liberté. C’est une force, car nous avions souvent l’impression que Sites et Monuments était bridée par une sorte d’apathie majoritaire et sa parole quelque peu diluée. Cela ne nous a pas empêché de continuer à travailler avec ceux qui, comme nous, sont préoccupés de l’intérêt général, je pense ici aux Vieilles Maisons françaises ou à la Sauvegarde de l’Art français.

Mais cette situation est aussi une faiblesse, et qui nous est reprochée. Malgré des formes plus souples de manifestations, l’unité est absente et nos adversaires en tirent parti. Avec le Loto, la Fondation du Patrimoine, actuellement dirigée par un ancien promoteur qui déteste les associations, est devenue très médiatique et en joue pour essayer de créer une fédération sous sa bannière. Il me semble difficile d’y faire droit et Sites & Monuments, par son originalité et ses activités judiciaires, a peu à gagner à entrer dans ce jeu. La seule proposition constructive est, pour l’instant, la mise en place d’une plate-forme numérique informative, neutre, où chacun pourrait déposer des articles avec un lien renvoyant vers son propre site. Ce sont là des premiers jalons, rien n’est encore décodé, mais il est certain que le paysage associatif va encore évoluer dans les prochains mois. Croyez bien que nous serons vigilants et attentifs à conserver notre rôle, qui est fondamental dans l’équilibre actuel des forces.

Je ne peux pas finir ce rapport sans avoir une pensée pour la cathédrale Notre-Dame de Paris, une catastrophe qui nous touche profondément. Par-delà la catastrophe patrimoniale, nous mesurons combien l’impéritie de l’Etat porte une grande responsabilité : baisse des budgets, entretien insuffisant, travaux mal surveillés, système de protection insuffisant, ministre falot, administration dépassée… impéritie multiforme que couronne une urgence décrétée par le politique, qui foule aux pieds le bon sens et veut forcer toutes les règles. Le cas de Notre-Dame est ainsi devenu le révélateur des limites du système et un curieux précipité de ses incohérences face au patrimoine. C’est assez pour nous conforter dans notre volonté d’agir pour le Bien commun.

Je vous remercie.

Alexandre Gady, Président de Sites & Monuments

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