Energies nouvelles et patrimoine

Pleuville (Charente) : bientôt des éoliennes hautes de 180 m à 750 m d’un monument historique ?

Le projet éolien « Les 4 fontaines » est situé dans la commune de Pleuville, aux confins du département de la Charente, en limite des communes de Benest, Alloue et de Châtain (située dans la Vienne). Porté par la société ENERTRAG, il comprend 4 aérogénérateurs de 3 MW de puissance unitaire et de 180 m de haut en bout de pale.

Carte du projet (en pointillé l’aire d’étude rapprochée)

Incidence du projet sur les paysages et les monuments

Les paysages environnants sont représentatifs de la Charente Limousine : une alternance de vallées, plateaux bocagés comportant de nombreuses zones humides et bosquets, bois et villages à forte valeur patrimoniale, tels Pleuville, Benest, Châtain, Alloue et un peu plus loin Pressac, site réputé pour l’attraction touristique de son village flottant.

Dans l’aire d’étude rapprochée du parc voulu par ENERTRAG (en pointillé sur la carte), des co-visibilités importantes sont relevées avec le château de Gorce à seulement 750 mètres, avec celui d’Ordières à 1,7 km et avec l’église de Châtain à 3 km, tous protégés au titre des monuments historiques.

Soulignons, tout d’abord, que si les monuments historiques bénéficient d’un périmètre de protection, généralement égal à 500 m, cette distance est beaucoup trop faible au regard de la hauteur actuelle des aérogénérateurs. Sites & Monuments réclame depuis longtemps un avis conforme, c’est-à-dire contraignant, de l’architecte des bâtiments de France (ABF) dans un rayon de 10 000 mètres en cas de co-visibilité avec un monument protégé (voir ici).

Le château de Gorce, inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 14 octobre 2002 (voir ici), est l’un des joyaux de l’architecture militaire du XVe siècle en Confolentais. Son principal attrait réside dans le donjon couronné de mâchicoulis, du XVe siècle. De forme carrée, il est flanqué, vers l’entrée, de tourelles en encorbellement et percé de trois rainures qui actionnaient un pont-levis.

Depuis 2008, les propriétaires du château de Gorce, qui ont beaucoup investi dans une restauration de qualité du bâtiment, y proposent deux gîtes. Située à 750 m des aérogénérateurs, cette activité nécessaire à l’entretien et à la restauration du monument serait fortement affectée.

Château de Gorce

Château de Gorce
Photomontage du château de Gorce avec le parc éolien distant de 750 m (depuis la Grande Homarie). Source F. Lenormand, ingénieur ECP
Photomontage du château de Gorce avec le parc éolien distant de 750 m (depuis son étang). Source F. Lenormand, ingénieur ECP
Photomontage du château de Gorce avec le parc éolien distant de 750 m (depuis ses gîtes). Source F. Lenormand, ingénieur ECP

Le château d’Ordières, inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 13 avril 1989 (voir ici), est construit sur le flanc d’une petite vallée dont le ruisseau conduit à la Charente. Son emplacement offre des points de vue intéressants où le regard peut porter à plusieurs kilomètres.

L’origine de ce château remonte au XIVe siècle et si son logis a été très modifié à la Renaissance, il a conservé l’essentiel de son ossature : ses tours reliées par des murs de protection et ses cours intérieure et extérieure également entourées de murs.

En 1940-1942, la situation du château avait retenu l’attention de l’armée allemande qui, sur réquisition, y installa une section d’une vingtaine de soldats chargés de surveiller la ligne de démarcation matérialisée par le ruisseau passant au pied de l’édifice.

Château d’Ordières à Benest à 1,7 km du futur parc éolien. Photo W.Gascoin
Photomontage réalisé depuis la terrasse du Château d’Ordières à 1,7 km du parc éolien. Source F. Lenormand, ingénieur ECP

L’aire d’étude rapprochée englobe au total cinq villages et trente-trois hameaux : les villages de Pleuville et de Châtain seraient fortement affectés par le projet ; ceux de Benest, Alloue et Epenède plus modérément.

Il faut ajouter que le village d’Épenède, avec son église inscrite au titre des monuments historiques depuis 1965 (voir ici), serait pris en étau entre le projet déjà autorisé de Hiesse (quatre éoliennes de 180 mètres) et le présent projet. Le village de Châtain, avec son église inscrite au titre des monuments historiques depuis 1926 (voir ici), risque, de son côté, d’être enserré entre ce projet et celui de Bois Merle, comportant huit éoliennes de 180 mètres, autorisé, puis annulé après un recours devant le tribunal administratif de Poitiers dont le promoteur vient de faire appel.

Village de Châtain situé à 3 km du futur parc éolien. Panorama des Villanières. Photo : W.Gascoin

Église ISMH de Saint-Pierre de Châtain située à 3 km du futur par éolien.

 

Carnet de photomontages réalisé par le promoteur aux abords de l’église de Châtain située à 3 km du parc éolien (vue 28).

Dans l’aire d’étude intermédiaire, plusieurs autres éléments patrimoniaux, sites inscrits ou classés, sont concernés par le projet.

Des co-visibilités sont notamment établies, à 10 km, avec le Site patrimonial remarquable (SPR) et l’Abbaye classée au titre des monuments historiques de Charroux (voir ici), le château inscrit au titre des monuments historiques de Rochemaux (voir ici) ou, encore, à 4 km, le logis de la Vergne (maison Maria Casarès) à Alloue (voir ici). Concernant ce dernier bâtiment, un abattage important de peupliers malades dans le parc est prévu et laissera entrevoir les éoliennes.

Église ISMH de Saint-Hilaire d’Épenède située à 3 km du futur parc éolien

Château ISMH de Rochemaux à Charroux

L’avifaune

À proximité, des couloirs de migration ont été relevés pour la grue cendrée et la grande aigrette. L’aire d’étude est fréquentée également par le busard Saint-Martin.

Enfin, le projet se situe à 3,4 km de la zone Natura 2000 de l’« Étang de Combourg » qui s’avère être la deuxième plus importante de l’ancienne région Poitou-Charentes en terme de fréquentation avifaunistique. L’ensemble comporte 3 359 ha avec près de 100 pièces d’eau, dont 30 étangs de plus de 1 ha.

Maison de Maria Casarès à Alloue située à 4 km environ du futur parc éolien

Le parcours administratif du projet

Le projet a été déposé en février 2017 et la préfecture de la Charente a demandé l’ouverture d’une enquête publique. Cette dernière s’est déroulée fin 2018. Seuls 16 avis favorables ont été recensés contre 181 avis défavorables. Malgré cela, le commissaire enquêteur a donné un avis favorable au projet, assorti cependant de deux réserves, l’une concernant la gestion du parc, l’autre l’avifaune.

L’Architecte des bâtiments de France a, de son côté, transmis un avis très défavorable en mars 2017. Il note les atteintes portées aux monuments notés plus haut – au total huit monuments historiques situés à moins de 4 km – et le préjudice que causerait la dégradation de leur écrin naturel. Ces ensembles patrimoniaux, ainsi que les hameaux ou bourgs dans lesquels ils sont inscrits, contribuent pour l’ABF, « par leur rayonnement historique et architectural, à valoriser les grands espaces naturels auxquels ils appartiennent. Des éoliennes banaliseraient ces lieux identitaires qui, à terme, verraient se dégrader irrémédiablement leur valeur architecturale et paysagère ».

S’agissant des communes, parmi les 12 concernées, car situées dans un rayon de 6 kilomètres ou contiguës au projet, seules 2 sont favorables au projet, 6 y sont opposées (les autres n’ayant pas délibéré).

La commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites (CDNPS) a rendu, pour sa part, un avis défavorable en juillet 2019. Le préfet de la Charente a ainsi, en août 2019, refusé au promoteur l’autorisation d’installer et d’exploiter les aérogénérateurs, notamment en raison de l’impact sur les monuments historiques et l’avifaune.

Mais le promoteur ENERTRAG a alors saisi la cour d’appel administrative afin de faire annuler cet arrêté…

L’association « Environnement Confolentais et Charlois », déterminée à faire échouer ce projet néfaste, entend soutenir en justice, avec l’aide de Sites & Monuments et en compagnie de plusieurs riverains, la défense que l’État présentera.

Environnement Confolentais et Charlois, association adhérente à Sites & Monuments

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