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L’ancien hôpital La Rochefoucauld (Paris, 14e arr.) : un site remarquable en péril !

Jacques-Denis Antoine (1733 -1801), Maison Royale de Santé (1780-1783), puis hôpital La Rochefoucauld (façade tournée vers l’avenue du général Leclerc). Photo Frederic Combeau.

L’hôpital de La Rochefoucauld, né au XVIIIe siècle et aujourd’hui géré par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, a fermé ses portes en 2019 pour être mis en vente.A l’heure actuelle, l’AP-HP a autorisé l’association Aurore à y recevoir des réfugiées jusqu’à février 2020, puis le commissariat de police du 14e arrondissement l’occupera jusqu’à 2022 pendant la rénovation de ses locaux. Au-delà, personne ne sait ce qu’il adviendra de ce site.

L’histoire des lieux

La « Maison Royale de Santé », à l’origine de l’hôpital, a été créée en 1780 grâce au Père Gérard, provincial de l’ordre de la Charité. En vue d’ouvrir « un hospice destiné à des ecclésiastiques et des militaires dépourvus de fortune », il récolte des dons provenant principalement de l’Assemblée du Clergé de France, de la Couronne et de Mme de la Rochefoucauld – Doudeauville. Il acquiert ainsi une demeure située à Montrouge, en pleine campagne, sur un terrain de 22 000 m².

Jardin de l’ancien hôpital La Rochefoucauld. Photo Frederic Combeau.

L’architecte des hôpitaux de la Couronne et de l’ordre de la Charité, Jacques-Denis Antoine (1733 -1801), est chargé de la construction. Méconnu de nos jours, il est pourtant devenu célèbre par l’édification de l’Hôtel de la Monnaie, oeuvre novatrice terminée en 1775.

En 1783, l’hospice ouvre pour accueillir 16 lits. A partir de la Révolution, l’édifice change plusieurs fois de nom et s’agrandit par étapes. De 1792 à 1825, différents travaux permettent ainsi d’accueillir 210 lits, tout en respectant le projet initial d’Antoine.Le vaste parc au dessin néoclassique s’étend jusqu’à l’actuelle place Denfert- Rochereau et bien au-delà de l’avenue René Coty.

Vue par satellite de l’emprise de l’ancien hôpital La Rochefoucauld. Photo Google Earth.

Dans un souci hygiéniste, l’architecte insiste sur la nécessité d’offrir aux pensionnaires de l’air pur et des possibilités de promenades dans un beau paysage : jardins réguliers alternent avec parterres, allées et quinconces.

Jacques-Denis Antoine (1733 -1801), Maison Royale de Santé (1780-1783), puis hôpital La Rochefoucauld (façade tournée vers l’avenue du général Leclerc). Photo Frederic Combeau.

Ce parc, d’une très grande surface pour Paris (environ 2 ha) a été amputé au fil du temps : voie de chemin de fer en 1844, percée de l’avenue René Coty en 1877, construction de la Poste en 1906, de logements à bon marché en 1912 et d’un immeuble d’habitation dans les années 80…

A l’arrière de l’hospice s’élève encore un témoin du XVIIe siècle, le « regard de Saux », regard n°25 de l’aqueduc Médicis venant d’Arcueil, qui a permis d’alimenter l’hospice en eau.

Regard n°25 de l’aqueduc Médicis, dit « regard de Saux », qui permettait d’alimenter l’hospice en eau (façade tournée vers l’avenue René Coty). Photo Frédéric Combeau

Aujourd’hui

Des mesures de protection existent : les bâtiments anciens et le regard de Saux bénéficient d’une inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, limitée aux façades et toitures de l’hospice et de ses communs et au regard de Saux (voir ici). Aucun élément intérieur des bâtiments n’est par conséquent protégé. Ce qui autoriserait notamment une vente à la découpe assortie d’un régime fiscal avantageux (voir ici).

Dispositions du PLU relatives à l’ancien hôpital La Rochefoucauld.

8420 m2 du jardin sont aujourd’hui protégés par le Plan Local d’Urbanisme au titre des Espaces verts protégés (voir ici, planche G11, et ici, annexe VII n°14-40), protection comme on le sait facilement réversible, contrairement à celle qu’offrirait une extension du statut de monument historique à l’ensemble de la parcelle ou son inclusion dans un « Site patrimonial remarquable » (voir ici).

13 avenue du général Leclerc, bâtiments Louis XVI bas se faisant pendant, probablement d’anciens communs de l’hospice, comportant, au deuxième étage, de jolies consoles en diglyphe à quatre goutes. Photo Google Street

En outre, ces garde fous ne seront pas suffisants pour empêcher l’implantation de constructions trop proches d’une telle architecture néoclassique, ni la surélévation de l’intéressante poste de l’avenue du général Leclerc (dont la hauteur pourrait être portée à 15 m) et dont le PLU fait déjà un « emplacement réservé en vue de la réalisation de logements ». Sur cette même avenue, de l’autre coté de la grille d’entrée de l’hôpital, on remarque deux bâtiments Louis XVI bas se faisant pendant, autrefois situés dans l’enceinte de l’hospice. Il s’agit probablement d’anciens communs, aujourd’hui victimes de devantures envahissantes, mais qui comportent, au deuxième étage, de jolies fenêtres dotées de diglyphes à goutes. Leur parcelle est « signalée » dans le PLU « pour son intérêt patrimonial, culturel ou paysager » (voir ici et illustration ci-dessus), mais à titre de simple « information », sans appartenir aux bâtiments protégés par le PLU au titre de l’article L. 123-1 7° du code de l’urbanisme (voir ici). Ces élégantes constructions néoclassiques pourraient donc être remplacées par un bâtiment plus dense, car d’un seul bloc, dont la hauteur en façade serait limitée à 10 m et le couronnement à 4,5 m.

Quel futur ?

Une vue dégagée sur l’hospice et son parc, miraculeusement demeurés depuis la fin du XVIIIe siècle, s’offre au promeneur juste à côté des admirables barrières d’Enfer de Claude Nicolas Ledoux (1787) récemment restaurées.

Jardin de l’ancien hôpital La Rochefoucauld. Photo Frederic Combeau.

Le tout constitue un ensemble néoclassique exceptionnel dans un quartier connu pour ses nombreux ateliers d’artistes liés à l’ancien Montparnasse, ses couvents, progressivement vendus à des promoteurs, et ses hôpitaux…

Malgré les mesures de protection, on s’interroge sur les réflexions des pouvoirs publics quant au sort de ce site remarquable. Il risque d’être défiguré de façon radicale par des bâtiments enserrant l’ancienne construction, même si la Ville de Paris parvenait à acquérir cet ensemble. Il apparaît nécessaire de mobiliser l’opinion avant de se trouver devant l’irrémédiable. Offrons à ce site admirable du XVIIIe siècle et à ses abords un futur digne de son passé.

Signature de l’architecte Jacques-Denis Antoine (1733-1804) en 1775.

Après avoir interrogé les principaux candidats à la mairie du 14e arrondissement, il paraît indispensable à notre association de dire à nouveau :

  •  Non au grignotage du terrain par des constructions, non à des surélévations ;
  • Oui à l’ouverture au public du parc, rénové, agrandi, embelli ;
  • Oui à un projet ambitieux de type culturel ;
  • Oui à la communication la plus large possible auprès de tous les parisiens, car ce projet dépasse notre arrondissement par son ampleur et son caractère emblématique.

Nous avons créé l’association Sauvons La Rochefoucauld pour faire connaître, protéger et mettre tout en œuvre afin que ces lieux (bâtiments et jardins) soient préservés de la promotion immobilière et conservent une fonction d’intérêt général.

Nous vous invitons à consulter notre Communiqué de presse adressé aux principaux candidats à la mairie du 14e et les réponses de : C. Petit. Paris en Commun, C. Villani, E. Aziere LREM, F. Letissier EELV, L Essemlali – LFI, MC Carrere Gee – LR

Association Sauvons La Rochefoucauld (avec Sites & Monuments)

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