Le devenir des églises

Sauvons de la destruction la chapelle Saint-Joseph de Lille

Augustin-Henri Mourcou (1823-1911), chapelle Saint-Joseph (1886-1887). Photo Urgences patrimoine

Reste-t-il un espoir de sauver de la destruction la chapelle Saint-Joseph enclavée dans le projet de campus de la catho à Lille ? Mais à quoi bon ? Est-il seulement raisonnable de s’opposer au propriétaire, à la mairie, de réclamer l’intervention du ministère de la Culture ? Car c’est bien de cela dont il s’agit. Vous seul avez la capacité de sauver ce monument. Nous, simples citoyens, n’avons pas le moindre poids face à votre décision. C’est ce que l’on appelle le pouvoir. C’est la démocratie. Mais à bien y réfléchir, pourquoi sauver la chapelle d’un collège fondé par les Jésuites en 1876 ?

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La chapelle Saint-Joseph à Lille. Photo Urgences patrimoine

Qui a besoin de se souvenir du passé ouvrier de ce quartier ? De toute façon, il s’est embourgeoisé. Alors autant détruire les vestiges des hommes de labeur qui nous ont précédés. A part moi, qui s’en soucie ? De toute façon, nos enfants ne savent même plus que Lille était une ville lacustre traversée par de nombreux canaux dans le temps. Alors une chapelle de 133 ans…

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Vue d’ensemble de la chapelle Saint-Joseph construite en 1886-1887. Photo Urgences patrimoine

Qui a besoin d’un lieu spirituel, quel qu’il soit ? Il y a bien assez de temples élevés à nos nouvelles divinités : argent, média, mondialisation, voiture et bien d’autres. Et une église ou une autre, il y en a bien assez en ville ! De toute façon, nos enfants n’ont jamais vu les géants se balader dans nos rues pour les festivités. Nous devrions aussi les brûler ces idoles d’osier et d’étoffe. Qui se soucie encore du fondateur de notre cité ?

Qui a besoin d’un vieux bâtiment alors qu’il pourrait laisser place à une extension de plus pour l’université ? Il est normal qu’un lieu de savoir détruise l’ancien pour laisser place au futur. De toute façon, nos enfants n’ont jamais entendu parler de la résistante Louise de Bettigny ou du jeune Louis Rollin. Ces idiots ont préféré se faire tuer pour leur communauté et leurs idéaux plutôt que pour une TSF neuve. Le futur doit avancer et tant pis pour le reste…

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Je suis d’accord avec tout cela. Mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est sa cohésion qui a permis à l’homo sapiens de surpasser toutes les épreuves qui se sont dressées face à son espèce. Et je crois qu’une cité se construit sur un imaginaire commun qui ne tient parfois qu’à une petite chapelle perdue. Dans cette époque si individualiste, cette petite chapelle me tient plus à cœur que de grands discours.

Je crois, comme Churchill, qu’oublier son passé nous condamne à le revivre. Tant pis pour Lydéric. Mais les autres ? Les Pol Pot, Staline ou Hitler pour ne parler que des plus récents. Faut-il aussi les oublier ? Cela me glace le sang.

Tout cela à cause d’une petite chapelle engoncée dans un lieu de savoir dont le rôle est de veiller à ce que nous n’oublions pas. Foutue petite chapelle !

Vue aérienne montrant la situation de la chapelle Saint-Joseph. Photo Google earth

Car puis-je accepter d’effacer cette mémoire catholique et lilloise dont l’université porte le nom : son église et les constructions du XIXe siècle, reflets de la période de l’expansion industrielle et ouvrière de notre ville. Quel sens à tout cela ? Puis-je vivre dans cette vieille cité en acceptant que l’on démolisse à tout va ?

Bien sûr que je le peux, même au prix de la nostalgie et du sens de la vie. Et pourtant je vois mes enfants s’extasier devant les universités anglo-saxonnes car elles combinent avenir et passé. Peut être est-ce le secret de leur succès. Mais non ! Décidément non ! Remplaçons tout cela par un bâtiment moderne à la Catho. Nous nous occuperons ensuite de la vieille bourse. Elle abrite un marché aux livres. Le lieu est idéal pour une bibliothèque municipale ultramoderne.

Comprenez-moi. Il n’est pas question de s’opposer au progrès et à la créativité. Ce serait plutôt l’inverse. Mais il n’existe pas d’idéation sans regard vers le passé et le futur. L’important est de construire l’avenir. J’en conviens parfaitement. Mais la destruction est-elle forcément une condition sine qua non de l’avenir ? Les illuminés de l’Euphrate et les Buddha de Bamiyan ont sans doute envie de nous répondre par un triste « oui ». Pour ma part, je préfèrerais toujours un « non » affirmé !

Un autre projet a été défini, moins onéreux et respectueux de notre histoire. Il mériterait d’être étudié et discuté. Des échanges naissent les innovations et les solutions. C’est cette capacité à collaborer qui fait de nous des homos sapiens… des « hommes sages » !

Mais laissons tomber ces considérations. La décision vous appartient entièrement. C’est ce que l’on appelle le pouvoir.

Bernard Castelain, délégué de Sites & Monuments pour le Nord

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