La forêt de Saint-Germain-en-Laye enfin classée en « forêt de protection »

La forêt de Saint-Germain-en-Laye vient enfin, par un décret du 5 novembre 2019 (voir ici), d’être classée en « forêt de protection ». C’est le résultat d’un long combat des associations locales (Ensemble Pour l’Environnement de Saint-Germain, rejointe par les Amis de la forêt de Saint-Germain et de Marly), auquel a participé Sites & Monuments.

Alors que la demande avait été introduite par EPESG en 2001 et que plusieurs forêts franciliennes avaient bénéficié, la procédure n’a pas progressé pendant de nombreuses années, du fait semble-t-il de plusieurs projets ferroviaires ou immobiliers que le classement aurait pu empêcher. La mairie ne semble pas être intervenue en faveur du classement. Cette protection prévue par le code forestier avait pourtant bénéficié à la forêt de Fontainebleau, de Rambouillet, de Fausses-Reposes, de Sénart et, même, en 2016, « l’Arc boisé du Val-de-Marne » correspondant notamment à la forêt Notre-Dame.

Ce n’est que suite aux protestations des associations locales et nationales (Sites & Monuments rejointe par France Nature Environnement, VMF, Patrimoine-Environnement…) contre un projet de train-tram (cf. « La forêt de Saint-Germain menacée par un projet absurde et dispendieux », Sites & Monuments n°224, 2017, p. 103-112) que le préfet de Région alors en poste, M. Jean-François Carenco, sensibilisé aussi par le député de l’époque, a relancé le classement.

Le projet de voies ferrées traversant la forêt a en effet rendu visible l’absence de protection de celle-ci, malgré son caractère « domanial ». Se traduisant par la destruction de centaines d’arbres, pour un tracé plus long que par la ville (qui aurait permis la desserte de quartiers urbanisés), ce projet de « tram » (en fait un train avec caténaires et grillages coupant la forêt) a été fortement soutenu par le maire de l’époque et le conseil départemental et ne pouvait avoir de justification que par l’intention de construire ensuite dans des parties de la forêt.

Alors que le parc du château de Saint-Germain est classé (comme celui de Versailles, beaucoup plus vaste), la forêt qui le prolonge (et qui constituait un même ensemble jusqu’à ce que, à la création de l’ONF en 1964, la forêt soit confiée à cet établissement public alors que le parc était affecté au ministère de la Culture) ne l’était pas. Ainsi, les atteintes du projet de train-tram à la « perspective des Loges » (aménagée par Le Nôtre depuis le château de Louis XIV) n’ont aucunement été prises en compte lors de l’examen du projet ferroviaire par la commission supérieure des monuments historiques – qui s’est en revanche attachée à la protection du grand parc classé de Versailles.

De même, les ministères (Agriculture qui aurait dû protéger la forêt, Culture qui aurait dû prendre en compte son caractère essentiel dans l’histoire de France et sa continuité avec le parc classé, Transports qui auraient dû s’interroger sur l’utilité du tracé et les alternatives) ont chacun eu une vision étroite de leurs compétences sans vision globale du site. Aucun (et le préfet de département non plus) ne s’est souvenu, qu’au même endroit, les associations avaient obtenu, au début des années 90, que l’autoroute qui devait éventrer le parc et traverser la forêt, devienne, in extremis, par décision du président Mitterrand, un tunnel passant pour l’essentiel sous la forêt (cf. le beau discours du président quelques années après à La Charité sur Loire…). Aucun non plus n’a pris en compte le fait que c’est l’ordonnance de Saint-Germain, prise par Louis XIV à l’initiative de Colbert, avec une vue sur le panorama aujourd’hui en cours de destruction pour le train-tram, qui fonde encore aujourd’hui l’essentiel du code forestier français.

Les associations n’ont pu obtenir le réexamen du projet de train-tram par la région Ile-de-France. Mais, et c’est au moins une « contrepartie », le classement protège en principe désormais la forêt de Saint-Germain de nouvelles atteintes, alors que sa surface a été beaucoup réduite au cours des deux derniers siècles (y compris des « échanges » très récents pour des immeubles dans le quartier dit « écoquartier lisière Pereire ») et que ses plantations sont peu entretenues faute de moyens et font l’objet d’abattages massifs, au motif de l’état dégradé des arbres ce qui renforce les inquiétudes des défenseurs de la forêt.

Il reste que la délimitation de l’emprise protégée pose question, certaines parties de la forêt n’ayant pas été classées – pour quels projets ? Évoquer fait que golf finalement bien inclus, donc le jour où changement d’utilisation… Évoquer future ligne Saint-Germain-Poissy et utilité étudier plantations sur une partie de l’ancienne zone de triage d’Achères ?

Il reste aussi à obtenir un meilleur entretien des arbres existants et une extension de la forêt quand cela est possible.

Enfin, il reste à obtenir un classement de l’ensemble constitué par la forêt, le parc et le château comme « domaine national », protection amendée à l’initiative de Sites & Monuments dans la loi du 7 juillet 2016. Celle-ci peut en effet s’étendre à des zones boisées, comme non boisées, indépendamment du type de propriété, publique ou privée.

Monique Dumont, Présidente d’Ensemble Pour l’Environnement de Saint-Germain et de sa Région (EPESG)
Jean-Baptiste Galland, correspondant de Sites & Monuments pour Saint-Germain-en-Laye
Vincent Coustère-Vigderhaus

Aidez-nous à poursuivre nos combats

Cette entrée a été publiée dans Non classé. Placez un signet sur le permalien.

Les commentaires sont fermés.