La préservation de l'architecture du XXe siècle

Début de massacre à la piscine de Château-Thierry (Aisne)

Démolition de l’accueil, de la galerie et de la loge du gardien.

Entre sauvagerie et cupidité, la piscine Pierre-Lemret, héritage du Bauhaus, architecture unique et exemplaire des années 1970, conçue en accord avec son site, est massacrée.

À Château-Thierry, le lundi 25 mai 2020 vers 21 heures, cachées depuis quatre jours derrière des arbres cinquantenaires condamnés (voir ici), deux pelleteuses se réveillent en fureur et se précipitent pour éventrer l’accueil, la galerie et la loge du gardien. La fin du désamiantage est sabotée. Des tonnes de déchets amiantés sont jetées sur la voie publique sans respect du plan de retrait. À l’appel des voisins abasourdis, la police, face à des conducteurs d’engins refusant d’obtempérer, fait cesser les travaux non sans mal. Nous constatons l’absence de panneau de chantier et des ouvriers sans casques. Le maire condamne le travail de nuit sans autorisation.

La piscine agonise. Où est l’urgence, en pleine pandémie, à la faveur de la nuit, de détruire deux bâtiments sur trois ?

Piscine avec son couloir vitré avant démolition

La piscine, est inventoriée par la région Hauts-de-France, tandis que plusieurs études ont été publiées sur elle en France et à l’étranger. Elle était en outre sur la liste d’édifices susceptibles d’être labellisés « architecture contemporaine remarquable ». Sans attendre que le recours en annulation du permis de construire déposé le 31 mai 2019 soit examiné par le tribunal administratif d’Amiens, sans permis de construire définitif et malgré la demande de protection monument historique, la piscine est amputée aux deux tiers, dont galerie vitrée menant aux bassins.

Notre action de sensibilisation, légaliste et pacifique, nos propositions (voir ici), nos conférences, nos publications, nos visites commentées lors des Journées européennes du patrimoine et des Journées nationales de l’architecture ont, certes, dérangé les pratiques, certitudes et apathie. Elles ont ouvert les yeux des habitants sur l’histoire et l’intérêt leur piscine municipale. Mais elles sont restées impuissantes face à la voracité des pelleteuses. Cependant, sans notre mobilisation, la piscine serait entièrement tombée un an plus tôt.

Reste le bâtiment des bassins, emblématique de l’entrée de ville de Château-Thierry, dont le sort a venir n’est pas plus enviable. Démolir les façades, les éléments intérieurs et ne conserver que la charpente métallique dénature cette architecture faite de lumière, de transparence et dialoguant avec la nature. Le projet du promoteur lui ote son essence. Elle sera travestie, opacifiée et rendue illisible.

Rampes en aluminium aujourd’hui arrachées

Sans relâche, nous éveillons les esprits en rappelant que la piscine est une œuvre d’architecture sur mesure, luxueuse par sa générosité et populaire née sous la houlette du maire humaniste Pierre Lemret. Ce patrimoine du XXe siècle, au service de tous les citoyens durant des générations, mériterait le respect.

Elle a toujours besoin de soutien. Nous tenterons de nouveau, mardi 9 juin 2020, en rencontrant le maire et le promoteur, de défendre la sauvegarde de la piscine conçue par les architectes Vaudou & Luthi.

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