La protection du patrimoine urbain, bâti et intérieurs

Démolition rue de la Butte à Marseille : stop ou encore ?

Immeubles protégés par le Site patrimonial remarquable de Marseille rue de la Butte en cours de démolition le 1er juillet 2020

Site Patrimonial Remarquable de Marseille (AVAP) approuvé le 28 juin 2018. Les 4, 6 et 8 rue de la Butte constituent des « immeubles » et une « séquence » « à conserver ».

Après la rue d’Aubagne et celle de La Palud (voir ici), c’est au tour de la rue de la Butte de faire l’objet de démolitions d’envergure à Marseille. Ce dossier est cependant particulier à mains égards.

L’une des premières applications de la loi ELAN

Particulier tout d’abord en ce qu’il s’agit d’une des premières applications de la loi ELAN votée le 23 novembre 2018, texte que nous avions combattu au moment de son élaboration (voir ici). À Marseille, ses conséquences deviennent palpables.

Arrêté de péril grave et imminent du 10 juillet 2019 et son périmètre de sécurité

Les immeubles des 4, 6, 8 rue de la Butte sont protégés par le Site Patrimonial Remarquable (SPR) de la ville tout juste approuvé le 28 juin 2018 (voir ci-dessus). Expertisés le 24 juin 2019 et placés sous arrêté de péril grave et imminent le 10 juillet 2019 (voir ci-dessous), l’ABF recommanda dans un avis du 26 juin 2019 de préserver les façades des trois immeubles ainsi que les éléments de second oeuvre récupérables (portes notamment) afin d’être réinstallés à l’issue des travaux. L’expertise du 24 juin – qui n’a malheureusement pas été confiée à un spécialiste du patrimoine – révèle en effet que les désordres se situent, non en façade, mais dans les caves, au niveau du mur mitoyen des n°4 et 6. L’expertise ne conclue pas en faveur de la démolition du n°8, en meilleur état.

Les immeubles des 4, 6 et 8 rue de la Butte avant le début de la démolition

Il semble donc tout à fait possible de conserver l’enveloppe des trois bâtiments, comme le recommande l’ABF, notamment en comblant leurs caves où les désordres ont été localisés. Les deux expertises commanditées par les copropriétaires du n°6 le confirment, le propriétaire de la cave acceptant le comblement… La conservation de ces immeubles est d’autant plus importante qu’ils flanquent la station de métro Jules Guesde et sont ainsi offerts au regard de nombreux Marseillais. Malheureusement, en application de la loi ELAN, l’avis de l’ABF est dépourvu de tout caractère obligatoire pour le maire (voir ici et arrêté municipal ci-dessous).

Arrêté de déconstruction du 6 rue de la Butte signé le 30 août 2019 par le maire de Marseille. En application de la loi ELAN, il n’est pas tenu compte de l’avis de l’ABF rendu au regard des expertises.

L’équipe de Jean-Claude Gaudin entendait exploiter ce texte afin de masquer son impéritie. Ainsi, Arlette Fructus, ancienne adjointe au logement, expliquait le 22 février 2019 à La Provence : « La loi ELAN permet un allègement du rôle des Bâtiments de France. Lors de sa dernière visite à Marseille, j’ai demandé au ministre du Logement, Julien Denormandie, la confirmation que cet allègement était bien possible. Il me l’a confirmé. Je suis persuadée que cela nous permettra de mieux travailler » (voir ici).

Rue de la Butte le 10 juillet 2020 : les démolitions marquent une pause.

Des démolitions débutées au cours d’une période transitoire

Ce n’est pourtant que le 1er juillet 2020 - entre le second tour des élections municipales (tenu le 28 juin 2020) et la désignation du nouveau maire de Marseille (intervenue le 4 juillet 2020) - qu’a été entreprise la démolition partielle du 4 rue de la Butte.

On peut s’interroger sur les raisons et sur la légalité de la démolition partielle du n°4, réalisée alors que l’ancienne équipe était sensée – sauf urgence – expédier les affaires courantes (voir ici). L’arrêté de péril était en effet vieux d’un an…

Nous espérons désormais que la nouvelle équipe municipale saura stopper ce processus délétère, écouter l’ABF et respecter le Site patrimonial remarquable de Marseille malgré la loi ELAN, qui n’empêche nullement de se conformer volontairement aux avis de l’ABF. Il faut en effet mandater des experts spécialisés afin de trouver rapidement des solutions pour que la plus ancienne ville de France conserve au moins ses façades. Mieux, la cité Phocéenne devrait doter son Site patrimonial remarquable d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) afin d’étendre son regard aux intérieurs des immeubles, pour des raisons sanitaires autant que patrimoniales.

Séquence d’immeubles Louis XIV rue Bernard du Bois à Marseille (nos 86 à 74) classée comme « à conserver » par son Site patrimonial remarquable. Trois d’entre eux, appartenant à la commune, sont placés sous arrêté de péril depuis 2014. Leur démolition conduirait à celle des autres immeubles.

Il s’agit d’un test particulièrement important de la volonté de la nouvelle municipalité de rompre avec la politique urbaine de l’ »ère Gaudin », faite d’abandon, de table rase et de promotion immobilière à tout-va. Des rues entières placées sous arrêté de péril (au nombre de 250 selon l’ancienne adjointe au logement) sont en effet concernées, comme la rue Bernard du Bois et ses beaux immeubles du XVIIIe siècle dotés de précieux éléments de second oeuvre (voir ci-dessus). Le Printemps Marseillais, prévenu dès le 1er juillet par notre association, doit montrer sa différence.

Julien Lacaze, président de Sites & Monuments

Arrêté de péril grave et imminent du 10 juillet 2019 portant sur le 6 rue de la Butte

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